Les romans courts

15 avril 2018

La petite fille de Monsieur Linh (Philippe Claudel Editions Stock 2005)

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Quand le vieux monsieur Linh débarque à Brest dans le centre de réfugié, il est l'unique rescapé de son village, il n'a pu sauver que sa petite fille qu'il tient en permanence contre lui comme si toute sa vie en dépendait. Dans ce pays étranger sans odeurs, monsieur Linh est bien perdu, il ne s'autorise que de timides promenades, de peur de se perdre. Alors sa rencontre sur le banc d'un parc du coin avec Monsieur Bark semble bien miraculeuse. Monsieur Bark doit bien faire deux fois la taille de Monsieur Linh, ils ne se comprennent pas, mais ces deux là n'ont pas besoin de mots pour effacer les douleurs du passé. Philippe Claudel nous emmène à la rencontre d'une drôle d'amitié, et d'une belle histoire. La fin est une apothéose qui éclaire le roman d'une autre lumière. Bravo !

160 pages

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02 avril 2018

Quand tout est déjà arrivé (Julian Barnes Folio 2015)

Ce roman est composé de trois récits. Le premier nous invite à partager les premiers essais des vols aérostats et de leurs règnes, avant que l'aviation "le plus lourd que l'air" ne les supplante. Les célébrités de l'époque se pressent pour monter dans ces dirigeables de plus en plus gigantesques. Nadar le grand photographe est un pionnier des photographies aériennes. Le deuxième récit se concentre sur la relation amoureuse entre un officier de l'armée anglaise et Sarah Bernhardt. L'amour est une tentative d'élévation qui se heurte à d'autres contraintes que les vents. La troisième partie est consacrée au deuil, à la mort d'une femme, à la douleur et au chagrin terrestre. Nous tombons, nous restons seul arraché à la légèreté du bonheur. Barnes est au sommet, il nous faudra bien redescendre !

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22 mars 2018

Le clan du sorgho (Mo Yan Acte Sud 1993)

Au nord est de la chine, la petite communauté de Gaomi vit au rythme séculaire de la culture du sorgho. Cette tranquillité est remis en question par l'arrivée de l'envahisseur japonais, ils réquisitionnent les hommes par la violence pour construire une route. Leurs cruautés vont soulever la révolte. Cette armée de paysans conduit par Yu et sa femme tendra une embuscade à un convoi des "diables". Mo Yan ne nous épargne rien, le sang gicle se mêlant au rouge des fleurs du sorgho, les cervelles éclatent, les viscères rampent au sol nourrissant les cultures. Autant vous prévenir, quelques scènes sont carrément insoutenables, mais il y a la poésie propre à Mo Yan et elle l'est révélée en particulier dans la scène du mariage. 41y5WVa-2NL

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18 mars 2018

Le collier rouge (Jean Christophe Ruffin 2014 Gallimard)

Le matériau d'un bon roman est composé d'une belle histoire, quant il est inspiré d'un fait réel il en devient plus solide. Pendant l'été 1919,un juge militaire est appelé à instruire une dernière affaire dans une petite ville du Berry. Un gardien, fatigué par les aboiements continuelles d'un chien et de la chaleur, veille sur l'unique prisonnier de la prison, un ancien poilu héros de guerre et décoré de la légion d'honneur. La confrontation entre le juge et le prisonnier nous mènera à découvrir l'histoire du héros, de son chien qui hurle à l'extérieur, de la révolution et des idéaux perdus. La guerre a épuisé les hommes, la terre a absorbée trop de sang juvénile, les vrais héros sont morts, pourquoi ? Quand un chien peut faire basculer une bataille et détruire la paix ! 

 155 pages

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12 mars 2018

Sévère (Régis Jauffret 2010 seuil)

Voici un roman qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains, ou alors si mais avant rangez votre morale au vestiaire, laissez votre raison à la maison, et soyez prêt à être le témoin nu d'une histoire d'amour où la violence, la corruption et le sadisme seront la ponctuation du meurtre. Régis Jauffret s'inspire très librement d'un fait divers, l'assassinat du banquier suisse Edouard Stern par sa maitresse Cécile Brossard lors d'un jeu sado-masochiste qui aurait mal tourné. Le banquier est devenu un magnat russe, richissisme, puissant, influant mais dont la vie est menacé par des intérêts russes politiques. Il entretient une relation avec une femme qu'il soumet à des jeux érotiques dont il devient au fur et à mesure de leurs ébats un objet de soumission, il se rend volontairement vulnérable à cette femme dont le mari est lui même victime et vit la frustration et l'exploitation éhonté, c'est lui qui lui donne de l'argent pour vivre sa passion avec son amant. Si le magnat russe fixe les règles du jeu, c'est elle qui domine. Nous devenons alors voyeur complice, et nous errons spectateur soumis à la violence et aux humiliations qui montent crescendo jusqu'à l'accomplissement du meurtre, mise en scène volontaire ou choix d'un condamné à mourrir par la main aimée. Régis Jauffret a pris le parti de nous placer sous le point de vue de son héroîne, éprise d'un amour dont elle supporte toutes les contradictions, aveuglement du dominé au dominant soit ! mais amour pour un homme qui ne triche pas et qu'elle tuera comme l'accomplissement d'un dernier acte d'amour !Severe

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11 mars 2018

Terrasse à Rome (Pascal Quignard, 2000, Editions Gallimard)

L'histoire de Pascal Quignard suit la vie de Meaume le Graveur(1617) dont le visage fut horriblement meurtri à l'eau-forte par un jeune commis jaloux de sa liaison qu'il entretenait avec sa promise. De cette blessure, et à travers son art accompli, Meaume agrandira son champs de perceptions qui l'amèneront souvent au bord de l'extase. Pascal Quignard nous offre des saynètes sans cohésions apparentes mues par l'évocation des gravures retrouvées du maître. Mais l'important est la langue de Quignard, magnifique, riche...une oeuvre ardue mais essentielle ! "La jalousie précède l'imagination. La jalousie c'est la vision plus forte que la vue."

167 pages
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01 mars 2018

Fleurs de ruine

fleurs_de_ruineBROJe n'ai jamais aimé les romans de Modiano, je ne comprenais pas ce qui pouvait apparaitre aux yeux de beaucoup aussi singulier chez cet écrivain qui semblait écrire une variation d'un même et unique livre, son histoire. Il faut rentrer dans un roman de Modiano avec en main une carte de Paris, il faut marcher avec lui dans cette lente déambulation où il croisera des personnages présent et passé se confondant avec la grande histoire, le réseau des rues semblant être une toile où la mémoire est convoquée dans les petites déchirures. Modiano est comme le goût des bons vins il demande un peu de maturité et d'expérience pour en apprécier l'architecture. Il est alors complètement indispensable !

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16 janvier 2018

La bulle de Tiepolo (Philippe Delerm)

C'est l'histoire d'une toile convoitée par deux personnes, l'un est critique d'art à Paris, elle, est une jeune auteur italienne qui vient de connaitre le succés avec son premier roman. Le tableau est l'oeuvre du grand-père d'Ornela, artiste méconnu, son histoire est tenue au secret par la famille. Lui, Antoine a perdu son enfant tué dans l'accident provoqué par sa femme qui sera emportée un an plutard par un cancer. Il ressent un trouble en voyant ce tableau chez un antiquaire, il lui trouve des points de ressemblance avec sa grande passion pour Vuillard, il hésite, elle l'achète. Il ira jusqu'à Venise pour elle ou pour la peinture ? Philippe Delerm parle de Tiepolo, de Venise, du passé, empoisonné par la guerre. C'est un beau livre avec une fin peut être un peu sèche !

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119 pages

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11 janvier 2018

Bienvenue

Quelle idée saugrenue que celle ci! Ouvrir un blog sur les romans courts ! Allons droit au but, je n'ai plus le temps de consommer(ouh!le vilain mot) ces romans boursouflés dont les auteurs semblent s'être entendu pour me faire perdre mon temps, d'autant plus précieux que ce fameux temps libre est une folle illusion contemporaine, tant notre société est chrono-phage. De mon point de vue, un bon roman sera un roman court, c'est un éloge à la maigreur, je préfère l'intensité à la lenteur. Un roman doit se terminer pendant mon trajet en train Toulouse Bordeaux, retard compris. Au mieux 150 pages, je permets l'aller retour jusqu'à 200 pages. La plupart des livres que je présenterai ici auront au moins cette qualité expresse, ils auront aussi la diversité des époques et des lieux. Selon l'humeur du chef avec l'irrégularité qui lui est propre, les livres présentés ne seront pas toujours de la dernière nouveauté mais leurs intérêts seront garanties par ce petit écho qui reste parfois longtemps après le livre fermé, une présence insistante et amicale. Cette préférence pour les livres minces est récente. Pendant mes quarante premières années j'ai mangé des kilomètres de lignes, des classiques français, russes, japonais et des amériques, j'ai découvert d'autres mondes, j'ai partagé des idées, j'ai façonné ma manière d'appréhender le bruit des choses. En fin de compte la lecture aura été pour moi une seconde éducation, la plus riche en à pas douter! Lire c'était agrandir sa conscience aux autres, c'était entrer dans l'intimité des coeurs et des violences. Poursuivre mes lectures en les faisant partager à travers ce blog sera une nouvelle expérience, j'espère qu'elles amèneront de belles rencontres...

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